NAÎTRE FEMME au BURKINA-FASO

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Au Burkina-Faso, dès leur naissance, les petites filles sont traitées différemment des garçons. 
Leur venue au monde est très souvent moins bien accueillie que celle de leurs frères.

Une fille n'a pas vraiment sa place au sein de la famille et l'on dira par exemple que c'est une étrangère, pour bien montrer qu'elle est destinée à partir.
Toute cette différence est faite en vue de préserver l'héritage et aussi le nom de la famille.

Une petite fille devra être plus obéissante

et moins rebelle qu'un garçon.

Elle sera très tôt responsable de nombreuses tâches domestiques, ce qui l'empêchera de disposer de temps pour jouer ou réviser ses leçons (si elle a la chance d'être scolarisée). 
Pour certains parents, scolariser une fille constitue un énorme gaspillage en temps et en ressources financières.

Ils considèrent que la femme c'est le foyer.

La fille doit aider aux travaux ménagers,

s'occuper de ses jeunes frères et sœurs.

Après son mariage,

elle sera appelée à quitter la famille pour une autre, donc investir sur elle serait une perte

et la famille ne pourra jouir de sa production.

L'EXCISION

 

Bien qu'étant interdite par la loi, la coutume ancestrale de l'excision est toujours pratiquée par certains parents dans de nombreux villages.

Ils la justifient comme une raison de fidélité à l'homme. 
L'excision consiste en l'ablation totale ou partielle des parties génitales externes de la femme ou de la jeune fille. 
L'excision est effectuée à tous âges : à la naissance, pendant la petite enfance, à l'adolescence, juste avant le mariage ou après la naissance du premier enfant. 
Dans les pays d'Afrique francophone, ce sont le plus souvent des femmes âgées qui pratiquent les mutilations sexuelles féminines. 
Elles n'ont d'autre savoir que celui transmis par leur mère et utilisent pour l'intervention des instruments aussi divers que des couteaux, des lames de rasoir, des morceaux de verre ...

Pour favoriser la cicatrisation, elles appliquent sur la blessure des compositions à base d'herbes, de terre, de cendres,

de bouse de vaches .... 
Néanmoins, un rapport de l'Unicef, daté de 2013, cite le Burkina-Faso comme étant l'un des pays où la pratique de l'excision a le plus reculé. La proportion de femmes excisées est passée de 9 sur 10 à moins de 1 sur 7 en quelques décennies.

MARIAGES PRECOCES, MARIAGES FORCES et LEVIRAT

Pour la petite histoire

 

Au cours de notre séjour en janvier 2015, une jeune femme de 17 ans s'est présentée à la maternité du CREN pour accoucher.

Elle était accompagnée à moto par un ami de la famille.

Deux femmes du village sont venues lui tenir compagnie. Une jolie petite fille de 3,2 kg est née vers 16 heures.

A 18 heures, le papa qui était sur la terrasse de la maternité, n'était toujours pas allé leur rendre visite. 

Quand il s'est enfin décidé à entrer dans la chambre, il est resté en retrait de son épouse pour laquelle il n'a eu ni un geste ni un mot (pareil pour sa fille).

Comme nous étions là, les deux femmes accompagnatrices lui ont mis le bébé dans les bras, mais il ne savait qu'en faire ... 

Par la suite, nous avons appris que ce couple avait été obligé de se marier : la jeune maman avait été promise au père qui avait déjà 4 femmes.

Il en a donc fait don à son fils, qui était déjà marié !

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Le mariage forcé

Bien que la loi burkinabé punisse les mariages forcés, ils sont encore pratiqués dans de nombreuses régions, car les parents veulent tirer bénéfice de leurs filles ou les préfèrent dans un foyer, ce qui est synonyme de respect.

Des filles se trouvent ainsi mariées de force à des hommes pouvant souvent être leur père ou même leur grand-père, tant la différence d'âge est énorme. 
Les filles qui refusent ces mariages sont considérées comme désobéissantes à leurs parents et bannies de la famille.

Aucun membre de la famille ne doit plus les accueillir, ni leur adresser la parole, ce qui entraîne souvent des errances dans la rue, la prostitution, la délinquance. C'est aussi une des causes de propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST) et du SIDA. 
Le mariage forcé n'est pas limité aux femmes, les jeunes garçons sont aussi concernés.

Le mariage précoce

Selon les régions, les filles peuvent être mariées entre 10 et 16 ans.

Et ce mariage n'est que rarement de leur fait. 
Il expose les filles aux grossesses précoces, à la forte fécondité, à la mortalité maternelle et infantile, aux fistules obstétricales, aux infections sexuellement transmissibles et aux violences physiques et morales.

 
 

Le lévirat

 

Autre cas de mariage forcé dans ces sociétés,

le lévirat

qui est le fait pour une veuve de se remarier au frère de son défunt mari car elle demeure un "bien familial" et doit rester dans la famille. 

Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari.

LA MATERNITE

 

          Chaque année, au Burkina Faso, plus de 2.000 femmes meurent de complications liées à la grossesse et à l'accouchement.

La plupart de ces décès pourraient être évités

- parce qu'elles ne peuvent pas rejoindre un établissement où des soins pourraient leur être dispensés ou parce qu'elles arrivent trop tard. 
- parce que leur famille ne peut pas payer les frais demandés par le personnel médical. 
- parce qu'elles subissent les conséquences d'une insuffisance de stocks de sang, de pénurie de médicaments, d'équipement et de personnel médical qualifié.

          Il existe diverses raisons pour lesquelles les femmes burkinabés ne reçoivent pas les soins de santé maternelle dont elles ont besoin.

On peut citer entre autres

- le statut social inférieur des femmes qui affecte leur droit de décider si elles veulent des enfants, combien et quand ; 
- le manque d'informations sur les droits en matière de sexualité et de reproduction ;
- le coût des traitements médicaux ;
- les barrières géographiques qui rendent difficiles l'accès aux établissements de santé.

          En moyenne, une femme burkinabé donne naissance à 6 enfants. Pendant la grossesse et vu son coût (9,15 €), moins de 25 % des femmes font une échographie. 


          Concernant la contraception, les pilules sont vendues moins d'un euro pour un mois, mais il faut savoir que si les femmes sont un an ou deux sans avoir d'enfant, elles peuvent être soupçonnées par leur mari d'utiliser une autre méthode contraceptive pouvant entraîner l'infidélité et courent le risque d'être répudiées par leur mari.

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La salle d'accouchement 
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Une maman et son bébé après l'accouchement 

La journée d'une femme burkinabé

 

Dans la famille rurale, le sort de la femme n'est guère enviable.

Levée avant le jour, elle puise l'eau qu'elle ramènera ensuite, sans moyen de transport. 
Piler le mil s'apprend juste après qu'on sache marcher. Aller chercher l'eau est important, mais il faut aussi du bois pour cuisiner.

Comme le bois est rare, il faut aller le chercher loin, souvent très loin. 
Après cette mise en forme qui ne dispense aucunement la femme d'allaiter, il faut passer aux choses sérieuses, préparer le repas. 
Dans un pays où l'alimentation est centrée autour du mil, la seule chose à faire : " Y A QU'A PILER ..."

 

Ensuite, elle va pouvoir se mettre au travail, c'est-à-dire être un peu productive en allant vendre des légumes au marché ... 
Les femmes participent aussi aux travaux champêtres dans le champ familial. 
C'est à elles que reviennent les tâches clé de la production (nettoyer, semer, repiquer, transporter les récoltes ...). 
Elles exploitent en plus des lopins de terre personnels pour leurs propres cultures d'arachides, de niébé
(haricot sec)... Les produits de cueillette et leur transformation, l'artisanat, l'exploitation du bois et le petit commerce sont encore dominés par les femmes, même si avec la raréfaction des ressources naturelles, les hommes ont tendances à récupérer ces différents domaines.

Outre l'entretien de la famille, les femmes sont les principales impliquées dans l'éducation et les soins des enfants.

Du fait de leur statut social de subordination et du manque de temps, les femmes ont un accès limité aux services sociaux de base comme la santé, l'éducation et l'information. 
Une bonne partie des revenus de la femme est investie dans l'accès aux soins de la famille, notamment des enfants. Dans certaines zones, il n'est pas rare de voir une femme parcourir des kilomètres à pied, son enfant malade sur le dos, pour joindre une formation sanitaire pendant que l'homme, le plus naturellement du monde va au maquis (café) ou au marché à vélo, ou à cyclomoteur. 
Les femmes ne disposent pas de moyen de transport.

Les fillettes aident à piler
Scène de vie